Ce blog fait suite, après deux ans de silence, à Lal Behi > Lalbehyrinthes qui peut être consulté en manière d’archives. Seul subsiste ici un lien direct vers la série « Savinienne ». Les textes qui composeront ce blog sont un hommage aux fils qui nous contraignent ou nous relient de la plus délicate des façons. Sources d’inspiration et d’émotions contradictoires, s’il est un œuvre alchimique, c’est bien de les dénouer tout en conservant leur substantifique moelle.

mercredi 28 juin 2017

To cov or not to fefe

            Comme d’autres, j’ai étudié le fameux covfefe échappé par Trump. Vu son Q.I., je me suis douté qu’il s’agissait d’un code mnémotechnique fourni par ses conseillers, peut-être même celui du séquençage présidentiel de lancement de missiles.
            Toujours est-il que j’aime les défis et la symbolique. En me penchant sur la question, j’ai découvert des choses étonnantes ! Covfefe pouvait se décoder ainsi :
— en  numérologie : 3646565,
— selon la kabbale (avec extrapolation consonantique) : 20 6 80 80,
— en cycles chiffrés : 3 60 400 6 5 6 5,
— en Unicode : 0043 004 0056 0046 0045 0046 0045,
— au Scrabble : 3144141 (que ce soit pour l’édition française, anglaise ou même espagnole !).
            Tout cela me laissa sans voix. J’ai fini par dénicher sur la Toile un forum sérieux dédié à ce problème de sécurité publique : Covfefe Or Not? (abrégé par les habitués en CON?). Et là, une révélation ! Les participants étaient des milliers, et pas des hurluberlus ! Non, des gens logiques, des chercheurs comme moi.
            Lorsque j’y ai appris qu’en gématrie du IIIe millénaire, le mot se déchiffre 27 135 198 54 45 54 45, je n’ai plus eu de doutes ! Il me fallait persévérer avec l’aide de cette précieuse communauté.
            Tout à cette activité, je ne sortais plus guère de chez moi. Mais ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille, c’est lorsque ma voisine est venue m’offrir des makrouds pour la fin du Ramadan (j’adore les makrouds). Je lui ai arraché l’assiette des mains et quasiment refermé la porte au nez. Mieux, je suis certain qu’elle lorgnait par-dessus mon épaule pour s’approprier le secret que j’essayais de percer. J’ai fixé les pâtisseries, elles avaient un air étrange et une couleur à l’avenant. Et si elle voulait m’empoisonner ? Car, si cofveve en HTML disait vrai (&#67 79 86 70 69 70 69), alors tout était possible !
            J’ai pensé à faire construire un mur entre mon jardin et le sien, mais j’ai dû y surseoir. Le décryptage primait, et sur CON?, les messages prenaient un tour alarmant, on y parlait de symptômes effrayants. La menace était imminente et chacun y allait de son interprétation. L’espoir naquit lorsqu’un internaute crut avoir percé l’énigme par le biais de la graphénoglyptographie, mais il n’en fut rien. Fort de cette amère déconvenue, j’ai redoublé d’efforts. J’affichais partout les différentes hypothèses, les chiffres envahissaient mon couloir, les arcanes tapissaient ma chambre, les symboles la porte de mon frigo.
            Finalement, le jour fatidique arriva. Je me suis levé un matin et, devant ma glace, je n’en ai pas cru mes yeux. Mes cheveux étaient devenus jaunes, gonflés et permanentés à la manière d’un Liberace politique ! Immédiatement, j’ai contacté mes CON?pagnons et découvert l’étendue des dégâts. Je n’étais pas le seul dans mon cas, d’autres étaient dans un état encore plus avancé. Certains avaient soudainement une peau rose et huileuse. Les plus atteints postaient des messages incompréhensibles ; l’un d’eux sentait son cerveau se diluer, l’autre perdait ses mots à une vitesse effrayante, ne disposant plus que d’un vocabulaire minimal qu’il tentait de retenir en portant une casquette.
            Je voulais tout abandonner mais le virus était dans le fruit. Que de pommes pourries en perspective ! J’ai pensé qu’il y avait peut-être un remède, mais j’ai compris que la maladie était incurable lorsque mon fondement a émis un pet cataclysmique et que, au lieu d’en être horrifié, j’ai éclaté d’un rire gras.

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